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Article de Stéphane Paquette pour l'Acadie nouvelle
Migrer vers un nouveau pays n'est jamais simple, surtout lorsqu'on ne parle pas la langue locale. Cette réalité est au coeur du défi ambitieux que s'est lancé l'enseigante Lise-Sara Roussel en aidant les nouveaux arrivants à Shédiac.
Depuis trois ans, une trentaine de nouveaux arrivants ont participé au projet de livre qu'elle a initié pour leur permettre d'apprendre le français.
Le fruit de leur travail a été officiellement lancé mercredi soir, lors d'une cérémonie qui a eu lieu au carrefour étudiant de l'école Louis-J.-Robichaud à Shédiac.
Il s'agissait d'un événement double puisqu'un groupe de nouveaux arrivants participaient au vernissage de leur exposition de photo, une autre initiative visant à faciliter leur intégration dans leur nouveau milieu de vie.
C'est une enseignante très émotive qui s'est adressée aux jeunes, aux parents et aux membres du personnel qui assistaient à la cérémonie.
"Le travail de nos élèves nouveaux arrivants mérite d'être lu, vu et entendu. Même si l'apprentissage du français est plus difficile pour certains, tous leurs efforts méritent d'être soulignés. On souhaite qu'ils continuent d'ajouter leurs couleurs à notre francophonie", raconte-t-elle.
Sofiia Shylina, une jeune réfugiée ukrainienne, s'est dite fière de cette oeuvre collective.
"Le livre Apprivoiser le changement est l'occasion pour nous, les élèves nouveaux arrivants, de raconter notre histoire et de vous permettre, à vous la communauté, de mieux comprendre notre réalité", souligne celle qui est arrivée en Acadie en 2019.
L'élève de 11e année avoue qu'elle était un peu perdue quand elle est débarquée pour la première fois dans la Capitale mondiale du homard.
Pour elle, le livre se veut presque thérapeutique.
"Je veux montrer à tout le monde comment on se sent quand on est nouveau dans une école, quand on ne parle pas la langue et qu'on ne connaît personne", explique celle qui veurt devenir avocate.
"Quand je suis arrivée ici, je parlais seulement un peu anglais, mais pas le français. J'ai suivi des cours, mais c'était difficile de l'apprendre. Quand je suis arrivée ici, madame Lise-Sara m'a beaucoup aidée."
Ira Mae Maravillas est arrivée des Philippines en 2018.
Pour elle aussi, ce livre a été un outil d'apprentissage unique.
"J'ai trouvé que c'était un projet très intéressant. Nous avons voulu partager notre histoire avec les gens d'ici. Mes amies et mes enseignants m'ont beaucoup aidé à apprendre le français", mentionne l'élève de 11e année.
"Les histoires sont très intéressantes et les illustrations sont vraiment colorées."
L'instigatrice du projet a versé plusieurs larmes durant cette soirée spéciale.
"Quand je parle de mes enfants ou de mes élèves, c'est toujours avec beaucoup d'émotions. Je suis contente de pouvoir enfin présenter le produit final aux parents et aux gens de notre communauté", indique celle qui enseigne le français aux nouveaux arrivants de différents niveaux.
"Ils ne sont pas nombreux, mais ils ont choisi de continuer dans une école francophone, même si c'est parfois difficile. Même si c'est une langue qu'ils connaissaient pas en arrivant ici, ils arrivent à faire de super belles choses."
Elle souhaite que le fruit de tout leur travail résonne dans toute la communauté acadienne.
"J'aimerais que le livre permettre aux gens de se mettre dans les souliers de nos élèves. Le livre est conçu pour que la personne qui le lit n'ait pas le choix de toujours se référer à la fin du livre pour avoir la traduction", précise celle qui a enseigné à 54 nouveaux arrivants depuis 2019.
On a aussi profité de l'occasion pour dévoiler le projet d'exposition de photos préparé par un groupe de jeunes immigrants.
Les oeuvres ont été par la suite vendues dans un encan silencieux.
Valeria Valdez, une jeune mexicaine de 12e année, affichait un grand sourire devant sa photo.
"Je pense que la photographie est quelque chose qui me passionne. C'est très amusant de prendre des photos du monde qui nous entoure", raconte celle qui poursuivra ses études en traduction l'an prochain à l'Université Mount Allison.
Pour elle, l'apprentissage du français a été la clé de son intégration dans son nouveau milieu de vie.
"Ce fut difficile pour moi d'apprendre le français. J'ai beaucoup étudié à la maison avec mes frères et soeurs", confie l'élève de 12e année.
"L'objectif de notre exposition de photos est de regarder autrement les imperfections de notre école, qui a plus de 50 ans, et d'amasser des fonds pour améliorer un espace pour les élèves dans l'école."

